Un chaland à EMBOURG

L'historique commune d'Embourg, rattachée en 1977 à l'entité de Chaudfontaine a très souvent inspiré Edgard D'Hont qui, profitant du charme local, y réalisera nombre de ses oeuvres.

Une rumeur ,non vérifiée, prétend d'ailleurs qu'il y loua une maison afin d'y séjourner au plus près de nombreux lieux qu'il espérait représenter.

L'artiste y a sans doute trouvé les prémices des paysages ardennais chers à son coeur. Largement lovée sur un versant abrupt de la vallée de l' Ourthe, la localité a, au cours des siècles, réservé à ses habitants une vie agricole ou horticole.

A ce titre, découvrir les maisonnées reproduites par le paysagiste nous apporte la preuve de l'humilité des besognes qui permirent de s'y sentir heureux...

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Sous le soleil dense d'une fin d'après-midi d'été, Edgard D'Hont a choisi de placer son chevalet au beau milieu d'un des versants de la vallée de l'Ourthe. Il désignera son panneau reproduit ci-dessus sous le titre :"Vue de Mathysart" (collection privée). Vers 1930, l'endroit est un lieu-dit constitué essentiellement de larges prairies traversées par un chemin de terre pentu menant à quelques rares chaumières. La syllabe "sart", fort commune en Wallonie,vient de l'ancien français "essart" qui signifie "lieu défriché" .

Nous pouvons donc clairement établir que ce nom propre signifie en réalité le: "lieu défriché du sieur Mathy (ou Mathieu)". De nos jours, au même endroit, la vision a diamétralement changé. Le lieu plutôt désert s'est muté en une rue pentue et étroite cernée d'habitations. On y surplombe le domaine du Sartay et son établissement scolaire. Ici, la modernité ne s'est pourtant pas montrée capable d'évincer une certaine sauvagerie naturelle.

La maison à l'avant-plan du tableau a disparu et la haie qui en barre le milieu a cédé sa place à une villa qui empêche le photographe contemporain de retrouver la vue exacte du peintre.De plus, un jardin privatif empêche de se situer exactement à l'endroit précis choisi par le paysagiste. Quant aux toits grisâtres représentés au fond de l'oeuvre, ils couvrent encore de nos jours deux habitations intimement accolées telles des soeurs siamoises surgies du passé. La vallée qui les entoure se laisse toujours admirer et propose ses tons changeants au fil des saisons.

Elle ne cessera de tisser son cocon au caractère viscéralement mosan.

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Lorsque les habitants locaux citent "leur" bois, force est de constater qu'ils ne parlent que d'une importante futaie qui recouvre un des versants de la vallée. Un point de vue fréquenté s'y nomme le "Bout du monde". On y aurait découvert quelques objets préhistoriques ainsi que les traces d'un camp antique. Nombre d'historiens, sous réserve, situent probablement en ces lieux la forteresse "Aduatuca" d'Ambiorix qui posa tant de problèmes aux légions romaines.

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A l'évidence , ce ne sont évidemment pas ces vestiges guerriers, introuvables depuis longtemps, qui attirèrent le peintre sous ces frondaisons. Il paraît aisé d'imaginer que le calme de ces lieux lui parut bien plus évocateur.

Les dessins exploratoires ci-dessus, réalisés au fusain en 1913, tirés d'une collection privée, illustrent une partie du large sentier qui parcourt la lisière supérieure du bois.

Eu égard à la typologie des lieux, ce chemin est à peu près le seul à proposer un parcours relativement plat. Détail douloureux, de part et d'autre de son tracé, de nombreux cratères d'obus, aujourd'hui envahis par la végétation, rappellent les bombardements meurtriers de la seconde guerre mondiale. Couverts d'un tapis d'ail-des-ours, les bords de la sente flairent bon à chaque printemps les senteurs du renouveau qu'offre la nature après les bises hivernales.

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Toujours inspiré par les lieux locaux, le paysagiste a choisi une autre voie de communication, bien plus pentue, pour réaliser ce tableau à l'huile intitulé :" Chemin au bois d'Embourg" dont se dégage un effet certain malgré l'économie de ses moyens.

Délimitée par sa double lisière d'arbres, la sente au tracé légèrement rectifié de nos jours, part du creux de la vallée où passe depuis l'autoroute pour remonter en direction du Fort d'Embourg, qui ,lui aussi connut des moments tourmentés.

Il faut imaginer Edgard D'Hont tournant le dos à la "maison du garde" où, selon de nombreux vieux habitants locaux, se déroula par un soir d'orage une sombre tragédie.

Le peintre , dans son style dépourvu de fioritures et animé de plus totale authenticité recouvre ce sentier par-dessus d'un ciel morose et par-dessous des coulures boueuse qu'une pluie traversière y a laissées.

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C'est confortablement installé au sommet du rocher du Chéret, qu'Edgard D'Hont réalise en 1935 un tableautin ( 26cm sur21cm) qu'il intitulera dans une première intention:" Printemps à Embourg". Il en modifiera ensuite le titre en "Vallon" lors de l'exposition annuelle du Cercle des Beaux-Arts de Liège. Le lieu d'observation qu'il choisit surplombe l'abrupte vallée. La vue qu'il dispense permet d'apercevoir au sommet d'un coteau faisant face au château de Colonster, la "ferme de Langle", baptisée à tort "de l'Ancre" sous l'Ancien Régime. Le tableau est issu d'une collection privée.

Pour l'anecdote, la ferme-château fut, de 1898 à 1910, louée à Caroline MALINOWSKI, femme de lettres appréciée à l'époque et parfois mieux connue sous le pseudonyme d'Etienne Marcel. L'écrivaine, dans un style désuet proche de celui de la Comtesse de Ségur rédigera de nombreux romans destinés à une jeunesse en robe à volants!

Malgré la relative renommée de l'endroit, le tableau du paysagiste, de très petite taille, tend plus à montrer la verdeur du réveil de la nature au printemps que de décrire les murailles qui s'y cachent. Même le ciel de giboulées, bleu et gris, tend à faire oublier un bâtiment à peine esquissé. Cette oeuvre, nonobstant sa discrétion semble parfaitement représentative des meilleurs aspects du talent du paysagiste. Elle sera d'ailleurs mise en exergue par de nombreux articles de journaux et deviendra la "peinture dont on parle" de l'année 35....

Dans un numéro de "L'Express", journal belge de l'époque, le critique proposé à l'analyse des tableaux des salles d'exposition, le décrit comme suit:

"A force de patience studieuse et scrutatrice, Edgard D'Hont a acquis une virtuosité qui sait unir à l'occasion l'ampleur à la délicatesse. Parmi ces pages bucoliques il est des morceaux remarquablement exécutés et substantiels dans la modestie de leurs dimensions. Il y a dans le minuscule panneau intitulé "Le vallon" une grandeur et un souffle naturiste qu'on chercherait en vain dans les toiles plus ambitieuses. Ce morceau reflète un consciencieux vouloir d'interprétation. Le peintre y marque son goût de la construction bien établie mais il ajoute, dans l'accord des valeurs, dans la tonalité des atmosphères, son souci conscient d'harmoniste, d'art et sérénité, d'optimisme et de bel équilibre moral. L'artiste y est arrivé en creusant paisiblement son sillon, en étudiant, sans se lasser, le miracle de la nature et de la lumière.

Ci-dessous est reproduite une carte postale datée de l'année 1906. La photo contemporaine à sa droite prise à l'endroit précis où se plaça le paysagiste prouve que l'environnement a peu changé au cours des décennies même si elle démontre les regrets qu'amène parfois l'exploitation moderne des ressources naturelles.

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Au-delà de l'effervescence vivifiante que transportent avril et mai, "Vallon" démontre la vigueur que parvient à insuffler le pinceau de l'artiste dans un espace pictural réduit.

Nous annoncer l'arrivée à pas de loup de l'été de cette manière tient de la prouesse. Edgard D'Hont se révèle ici clairement "le maître de Chênée" !

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L'huile ci-dessus a été baptisée par son auteur:"Les meules". Elle mesure 39cm sur 26cm et appartient à une collection privée.

Au delà de la magnifique sérénité rurale qui se dégage du tableau signalons que la fermette dont on découvre le sommet du pignon en fond d'oeuvre était surnommée "la maison de la queue du bois". Modernisée, elle a gagné sans doute en facilités de vie mais a perdu en partie son aspect rustique. La photo ci-dessous nous montre la maison à l'époque où Edgard D'Hont a pu l'admirer. La photo de droite a été prise à l'endroit qu'il avait choisi pour peindre et où désormais tout l'espace est privatisé et bâti.

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L'aquarelle ci-dessus est intitulée: "Sauheid. 1917.". Elle a été peinte au lieu-dit "passage d'eau à Streupas" et mesure 25cm sur 20cm. Elle appartient à une collection privée.

Le jolie coin représenté sur cette délicate et parfaite aquarelle est situé le long de l'Ourthe dans la partie la plus basse d'Embourg. On y découvre la maison du"passeur d'eau". Sa barque était fort usitée au début du vingtième siècle afin de franchir la rivière et se rendre dans l'entité d'Angleur. La photo ci-dessous propose le même endroit en 1938 après un meurtre qui, selon les murmures, vit la victime hanter les lieux concernés...Ces bâtiments ont, peut-être heureusement, aujourd'hui disparus...Avouons que les nouveaux habitants actuesl de ce bout de rive n'ont jamais rien aperçu et y dorment tranquilles...Une photo contemporaine nous le prouve assurément !

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